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L'année 2016 a vu le programme s'ouvrir à la région Auvergne-Rhône-Alpes, à l'occasion de la dernière formation organisée à Lyon. 

Au niveau national, les projets de création de réseau concernent Lyon, Saint-Etienne, ainsi que le Nord et la Drôme. Nous leur souhaitons beaucoup de succès pour recruter les mamans Accompagnantes de leurs futurs réseaux !

Un mémoire de Master Santé publique et Environnement
La promotion de l’allaitement maternel chez les femmes en situation de précarité en Haute-Normandie par Aurélie Dornier

L'équipe d'ARPAL vous souhaite une belle année 2017 !

Le Programme Relais Allaitement est un programme de soutien à l’allaitement et à la parentalité.

Initié en 2008 dans les départements du Gard, de l’Hérault, de l’Île de France et du Nord, il a d’abord été soutenu par des financements institutionnels (Groupement Régional de Santé Publique, Caisse Régionale d’Assurance Maladie, Conseil Général). Son but est d'augmenter la prévalence et la durée de l'allaitement par la création de réseaux locaux de soutien de mère à mère. Le Prall s’adresse principalement aux familles vulnérables, isolées et/ou ayant un accès limité aux ressources disponibles. Ce soutien s’étend à tous les aspects de la parentalité et favorise l’« empowerment », à savoir l’expression des ressources et compétences propres du parent, de la famille et de la communauté.

Aujourd’hui, en France, le Prall se décline dans les quartiers urbains, en milieu rural et dans des services de néonatologie.

En janvier 2016, on compte 13 réseaux, 56 responsables de réseau et 147 Accompagnantes formés depuis le début du programme.

 

Sommaire

Les acteurs du programme
Créer et faire vivre un réseau Prall
Soutenir l’allaitement en France : un vrai besoin
Des besoins en santé publique et en économie de la santé
Des besoins et des obstacles spécifiques selon les populations
La prématurité : un autre contexte de vulnérabilité
Des évaluations concluantes


Les acteurs du programme

Un réseau Prall est coordonné par un Responsable de réseau, professionnel de santé, de la petite enfance, travailleur social... qui forme et soutient des Accompagnantes à l’allaitement, mères volontaires des milieux ciblés.

Le Responsable de réseau créé et anime le réseau d'Accompagnantes à l'allaitement dont il est le référent.

Les Accompagnantes à l’allaitement, formées par le Responsable de réseau, ont un rôle de soutien, d’information et de partage d’expériences auprès des femmes de leur entourage.

L’ARPAL organise la formation des Responsables de réseau et le soutien des réseaux pendant 3 ans (éventuellement renouvelables) après leur création.

Les Administratrices de l’ARPAL ont une expérience approfondie, professionnelle et/ou bénévole, du soutien de mère à mère. Les formations proposées par l’ARPAL sont assurées par des consultantes en lactation certifiées IBCLC, exerçant depuis de nombreuses années dans la formation sur l’allaitement.


Créer et faire vivre un réseau Prall

Plusieurs étapes sont nécessaires pour mettre en place un réseau Prall.

Étude de faisabilité :

• Mobiliser les acteurs concernés et obtenir l’accord de la chaîne hiérarchique.
• Délimiter le secteur d’intervention du programme (quartier, service de néonatalogie ou maternité…).
• Définir et recueillir les indicateurs de départ en vue de l’évaluation du programme.
• Établir le budget de l’action.

Formation des Responsables de réseau

Cette formation de 5 jours (30 heures) s’adresse à des personnes qui :

• sont des agents du secteur médico-social ou des bénévoles d’associations qui interviennent auprès des populations cible. Une formation actualisée sur l’allaitement maternel est souhaitée.
• sont conscientes de l’intérêt qu’il y a à privilégier l’autonomie des mères sur les aspects non médicaux de l’alimentation des bébés et des jeunes enfants, et de la parentalité.
• sont motivées par l’approche participative d’une action communautaire.

Elle donne les bases nécessaires pour former, gérer et soutenir un réseau d’Accompagnantes à l’allaitement. Pour alléger la charge de travail occasionnée par le démarrage et la gestion du réseau et pour favoriser sa dynamique, il est souhaitable de former au moins deux Responsables par réseau.

Les supports (diaporamas, fiche d’animation de sessions, outils pédagogiques…) pour la formation des Accompagnantes et la gestion du réseau sont fournis et étudiés pendant la formation.

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Recrutement et formation des Accompagnantes à l’allaitement

Les Accompagnantes à l’allaitement :

• sont motivées pour soutenir l’allaitement et la parentalité dans leur communauté,
• sont chaleureuses et dynamiques,
• ont une expérience positive de l’allaitement,
• ont envie d’acquérir des compétences et connaissance nouvelles,
• sont ouvertes au travail en équipe.

Cette formation de 20 h réparties sur 10 à 12 semaines a pour objectif de mettre à jour les connaissances des Accompagnantes et de renforcer leurs compétences pour soutenir les mères autour d’elles.

La formation est animée par les Responsables du futur réseau avec l’aide des Administratrices de l’ARPAL si besoin.

La vie du réseau

La cérémonie de remise des diplômes aux Accompagnantes marque la naissance officielle du réseau.

Les Accompagnantes peuvent :

• Informer les futures mères qu’elles croisent dans leur quotidien ;
• Aider les mères individuellement (à domicile, pendant l’hospitalisation de la mère ou de l’enfant, par téléphone, mail ou sms…) ;
• Animer des échanges à l’occasion des consultations de nourrissons ;
• Organiser des rencontres de mères dans leur quartier ou le service de néonatologie ;
• Participer à ou organiser des évènements autour de la parentalité.

En France, on a constaté que les Responsables recrutent et forment périodiquement de nouvelles Accompagnantes qui intègrent les réseaux.

Les Responsables de réseau et les Accompagnantes se rencontrent régulièrement pour échanger, assurer des compléments de formation et évaluer leur action. Les Accompagnantes tiennent à jour des fiches caractérisant chaque contact lors de leurs activités de soutien des mères et de leur entourage.

Les Administratrices du Prall animent une liste de discussion nationale, collectent et exploitent les outils d’évaluation communs utilisés par les réseaux. Elles organisent des rencontres régionales et nationales entre les réseaux.

Les réseaux Prall s’inscrivent dans le tissu associatif et institutionnel de la zone d’activité. Ils sont ainsi associés à la poursuite des objectifs de santé plus généraux (Ateliers Santé Ville, Initiative Hôpitaux Amis des Bébés, …)


Soutenir l’allaitement en France : un vrai besoin

« Ces femmes [de milieu défavorisé] souffrent souvent d’un isolement important, loin de leurs familles et de leurs racines, justifiant l’action des groupes de pairs entre mères de niveau socio-économique comparable, (…) L’exemple du Programme relais allaitement (…) créant des lieux d’information et de rencontre pour accueillir ces mères et leurs enfants, où des accompagnantes issues du même milieu parlant le même langage que les jeunes mères peuvent les épauler, se révèle prometteur. »
Prof. D. Turck. Propositions d’action pour la promotion de l’allaitement maternel. Juin 2010.

L’allaitement maternel est une pratique qui interroge les milieux des professionnels de la santé périnatale, de la petite enfance mais aussi les chercheurs en sociologie et en psychologie. Ses déterminants sont complexes, variant selon les régions, les milieux socio-économiques et l’histoire individuelle des parents.

En France, le taux d’allaitement à la naissance est parmi les plus bas d’Europe. D’après la dernière enquête de périnatalité de 2010, le taux d’initiation de l’allaitement exclusif en maternité était de 60 %, 7 à 9 % des femmes commençant un allaitement mixte.

L’étude Epifane de 2012 , qui a porté sur 3 365 enfants, a montré que le taux d’allaitement exclusif chutait à 35 % à 4 semaines. À 6 mois, seul un enfant sur quatre était encore allaité et plus de la moitié d’entre eux consommaient des préparations pour nourrissons en complément .

 

Des besoins en santé publique et en économie de la santé

Le non-allaitement implique une morbidité plus importante. Ainsi en Louisiane, une étude récente a estimé les économies potentielles pour chaque État si les familles avaient la possibilité de se conformer aux recommandations actuelles pour l’allaitement aux USA. Les auteurs ont déterminé les coûts liés à la mortalité et à la mortalité de 4 maladies : infections respiratoires, gastro-entérites, entérocolites ulcéro-nécrosantes et syndrome de mort inattendue du nourrisson. Ils ont calculé ces coûts en utilisant les données les plus récentes sur l’allaitement et la prématurité en Louisiane soit 63 186 naissances vivantes, 11,2 % de prématurité et 49,1 % d’allaitement à la naissance. Ils ont calculé qu’un total de 186 371 125 dollars pourraient être économisés et 16 morts de nourrissons pourraient être évitées pour ces 4 maladies si 80 % des nouveau-nés étaient allaités exclusivement pendant leur six premiers mois. Une étude similaire a été menée au Royaume-Uni en 2012 .

Le non-allaitement a aussi un coût pour les familles, environ 6 % du revenu pour une famille monoparentale au salaire minimum. Une étude réalisée en France a montré qu’une augmentation de 5 % des taux d’allaitement impliquerait une économie des dépenses de santé de 2,5 M€ par an (chiffres de 1997).

Une évaluation du programme en Grande-Bretagne a permis d’estimer que le coût du programme « peer counsellor » était compensé par les économies en dépenses de santé associées à l’augmentation des taux d’allaitement.

 

Des besoins et des obstacles spécifiques selon les populations

Comme dans la plupart des pays industrialisés, le taux d’allaitement en France est fortement corrélé à la catégorie socioprofessionnelle des parents. Une enquête menée en 1997 dans le Val de Marne auprès de 1 800 mères avait déjà montré que les femmes les plus diplômées allaitaient le plus (70 à 80 %) tandis que les femmes de niveau scolaire moyen (CAP ou équivalent) allaitaient peu (45 %).

Plus récemment, l’étude ELFE a retrouvé cette tendance : le taux d’initiation de l’allaitement était de 41 % chez les femmes ayant arrêté leurs études au collège, de 52 % pour celles ayant un CAP ou BEP, contre 70 % dans la population générale (suivi de 18 000 enfants). Les femmes d’origine étrangère allaitaient plus que les femmes nées en France, mais moins souvent de façon exclusive les premiers mois.

Dans l’enquête menée en Val de Marne , les femmes dont le conjoint était cadre supérieur étaient 44 % à s’adresser à un pédiatre pour des conseils pour les soins de leur bébé, ce chiffre diminuant avec le niveau social de la famille. Elles étaient aussi plus nombreuses à consulter des livres sur le sujet. À l’inverse, les femmes de milieux populaires consultaient plus souvent leur propre mère. L’analyse des entretiens a révélé que les femmes diplômées faisaient plus fréquemment référence au discours savant (sur les bienfaits de l’allaitement), tandis que le plaisir d’allaiter était mis en avant par les femmes de milieux populaires.

Au Québec, un groupe de 62 femmes enceintes et en situation de grande pauvreté ont été incluses dans une intervention d’information sur l’intérêt de l’allaitement pour la santé. La moitié n’ont pas allaité leur enfant ou ont arrêté quelques heures après la naissance. Des entretiens approfondis ont permis de recueillir les raisons de leur choix. Ont été cités l’hypersexualisation des seins, le besoin d’indépendance de la mère et d’autonomie de l’enfant, le besoin de préserver son énergie face à la fatigue supposée de l’allaitement et les préférences de l’entourage. Ces dernières annulent le discours médical et scientifique sur les bénéfices de l’allaitement. Dans ce contexte, les auteurs assimilent les campagnes de promotion de l’allaitement à une violence symbolique envers ces femmes jeunes, pauvres et peu éduquées. Ils préconisent des actions sur les communautés en tenant compte de ces facteurs.

Aux États-Unis, en 1997, le WIC Department (Woman, Infant and Children), a mené une enquête auprès de 1 000 femmes en situation de précarité qui avaient reçu au préalable une information sur les bénéfices de l'allaitement, donnée par des professionnels de santé. Il apparaît que, pour la plupart de ces femmes, les contraintes de l'allaitement qu’elles percevaient comme telles, étaient supérieures aux avantages de santé qu’elles pouvaient décrire.

L'étude a mis en évidence 6 raisons données par ces femmes pour ne pas allaiter :

• Un manque de confiance dans leur capacité à allaiter leur bébé. Ces mères voulaient prendre soin au mieux de leur bébé, ce qui était déjà compliqué en soi, et, tout ce qui les mettait en difficulté, comme les doutes sur la qualité ou la quantité de leur lait, était considéré comme une charge supplémentaire.
• La gêne d'allaiter en public. Beaucoup d’entre elles vivaient comme indécent le fait d'allaiter devant les autres, même discrètement. Elles disent que beaucoup d'hommes n'aiment pas que leur femme expose ses seins pour allaiter.
• La peur que l'allaitement prenne trop de temps, qu’il soit incompatible avec une vie sociale, la reprise d’un travail ou la poursuite des études.
• Le manque de soutien de la part de la famille et des amis. Le biberon était vu comme le moyen « civilisé » de nourrir les enfants dans l’entourage proche de ces femmes. Le père pouvait aussi critiquer la décision d'allaiter de la mère.
• L’hygiène de vie. Beaucoup de femmes considéraient le fait de fumer, de boire, de manger de la nourriture de fast-food comme incompatible avec l'allaitement. Elles pensaient qu'elles ne seraient pas capables de changer leur régime alimentaire et leur style de vie, que ce seraient des changements trop difficiles dans leur vie.
• La plupart des femmes, et encore plus les adolescentes, étaient certaines qu’allaiter était douloureux. Cette raison était aussi donnée comme cause d'arrêt de l'allaitement.

 

La prématurité : un autre contexte de vulnérabilité

Les enfants nés prématurément sont en général moins souvent et moins longtemps allaités que les enfants nés à terme. L’étude ELFE a constaté un taux d’initiation de l’allaitement de 59 % chez les enfants nés entre 33 et 36 semaines d’aménorrhée (SA), de 69 % chez les enfants nés entre 37 et 39 SA contre 73 % pour les enfants nés à 40 SA ou plus. Pourtant, le lait maternel est particulièrement important pour la croissance et le développement des enfants prématurés. À court terme, les enfants nés très prématurément recevant le lait de leur mère pour plus de la moitié de leur ration alimentaire avaient un risque d’infections graves et d’entérocolite ulcéro-nécrosante diminué de 83 %. L’alimentation au lait maternel pendant l’hospitalisation en néonatalogie a été associée à un risque moindre de réhospitalisation jusqu’à l’âge de 30 mois dans une cohorte d’enfants nés en moyenne à 27 SA. Enfin de nombreuses études suggèrent que les enfants nés prématurément et nourris avec du lait maternel ont de meilleurs scores aux tests de quotient intellectuel et un risque diminué de troubles du développement mental et moteur. ref 1, ref 2.

Les mères d’enfants hospitalisés en néonatologie sont particulièrement à risque de présenter des symptômes de dépression, d’anxiété et d’autres troubles psychologiques (panique, syndrome post-traumatique, etc.). Le risque de troubles sévères est plus élevé que dans la population de mères ayant accouché à terme et plus susceptible de perdurer dans les mois qui suivent la naissance. La grande prématurité et les complications au cours du séjour sont des facteurs de risque supplémentaires .

Une étude s’est intéressée à la perception du soutien social de mères ayant accouché prématurément en relation avec l’initiation de l’expression du lait et le maintien de la lactation au cours du séjour de l’enfant en néonatologie. Les 181 mères interrogées avaient accouché entre 29 et 34 SA et présentaient au moins deux facteurs de risque dans leur environnement social (origine ethnique, faible niveau d'études, moins de 18 ans, antécédent de trouble mental, faible revenu économique, 4 enfants de moins de 4 ans, résidence dans un quartier défavorisé). La perception d’un faible soutien social par la mère n’était pas un paramètre significatif pour l’initiation de l’expression du lait ; en revanche, elle était associée à une production de lait basse (moins de 30 % des besoins de l’enfant).

Dans une méta-analyse sur l’efficacité des interventions destinées à promouvoir l’allaitement ou l’alimentation avec du lait maternel pour les enfants hospitalisés en service de néonatologie, le kangourou en peau à peau, l’expression en double pompage, la formation multidisciplinaire des équipes, l’accréditation IHAB de la maternité associée de l’hôpital et le soutien par des pairs ont montré leur efficacité .

 

Des évaluations concluantes

Des méta-analyses et des études sur l’efficacité de programmes de peer counsellor sont répertoriées sur notre site avec un résumé en français.
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En France, le programme a fait l’objet de travaux de recherche et d’évaluations extérieures.
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L’exploitation des contacts rapportés par les Accompagnantes permettent aussi d’analyser l’activité des réseaux. Par exemple, la figure ci-dessous décrit les thèmes abordés au cours des rencontres entre les Accompagnantes et les mères d’un service de néonatologie (78 contacts enregistrés en 2015). En moyenne, 6 thèmes étaient discutés par rencontre.

Fréquence avec laquelle les thèmes ont été abordés dans les rencontres entre les Accompagnantes et les mères d’un service de néonatologie (Roubaix) en 2015.
Un exemple de bilan en service de néonatologie.

Un suivi statistique a pu comparer les taux d’allaitement à partir des certificats du 8e jour pour le département du Nord dans son ensemble et du quartier de Roubaix Centre où un réseau d’Accompagnantes (MIAM !) est actif depuis décembre 2010. Alors que les taux d’allaitement ont baissé dans l’ensemble du département - comme c’est le cas au niveau national -, ils sont restés stables dans le quartier d’intervention du Prall entre 2009 et 2012.

Le Programme Relais Allaitement est l’adaptation française du programme « peer counsellor », conçu et développé par La Leche League International (LLLI) depuis 1986.

Il a été mis en œuvre dans plus de trente pays, dans des communautés toutes différentes, pour augmenter la prévalence de l’allaitement en accord avec les objectifs de l’OMS et les politiques nationales.

 

Références bibliographiques